dimanche 2 octobre 2016

Billet 2 -Les apprenants du 21e siècle : des humains ou de futurs robots ?

Pour débuter ce billet, je me dois de faire référence à l’article de Pageau & Bujold (2010) qui mentionne «les motifs qui poussent l’ensemble des étudiants à s’inscrire à l’université sont principalement liés à l’acquisition de connaissances, à l’obtention d’un diplôme et à l’emploi». L’acquisition de connaissances est donc la pierre angulaire permettant l’aboutissement des deux autres, mais devrions-nous plutôt parler de compétences et non de connaissances ? Comme enseignants, orientons-nous les apprenants sur la bonne voie ? Comme apprenants, sont-ils conscients de ce qui les attend sur le marché du travail ?

De quelles compétences le monde de l’emploi d’aujourd’hui est-il à la recherche ? De l’analyse, de la résolution de problèmes de plus en plus complexes et de situations incertaines allant jusqu’à la prise de décision, de la gestion, de l’innovation et de la créativité, de l’entrepreneuriat, de l’adaptation et de la flexibilité, et du travail d’équipe (Ananiadou & Claro, 2009). Pour ce faire, les technologies de l’information permettent de chercher, de créer, de résoudre des problèmes et de communiquer. Ces compétences sont donc transversales, multidimensionnelles et de haut niveau (Westera, 2001). Cela demande et demandera beaucoup des enseignants mais encore plus des apprenants afin de combler la plupart des besoins de l’emploi d’aujourd’hui et de demain.

Les apprenants d’aujourd’hui sont les mêmes qu’autrefois de même que nous enseignants. Ce qui a changé (consciemment ou non) est la nécessité de plus en plus évidente de s’éloigner des structures qui tendent à diviser les matières principales pour se diriger vers des modèles d’apprentissage intégré ou transdisciplinaire.  Les apprenants font face à des problèmes réels et doivent amener des solutions. Ils découvrent qu’ils doivent passer de façon créative d’une discipline à l’autre (Hetland, 2008) leur permettant ainsi d’explorer plusieurs avenues plutôt que d’être cloués par une série de faits arides et sans vie. La manière d’apprendre est la même qu’autrefois mais la façon d’y arriver est différente.

Au niveau des sciences comptables, principalement au baccalauréat, nous devons appliquer une science dite technique composée de normes et de principes desquels nous ne pouvons déroger. Malheureusement, la façon de l’enseigner n’a pas évolué autre que de mettre des notes de cours sur Moodle (la mini révolution) via PowerPoint au lieu d’utiliser des acétates (ou si voulez des transparents ou des «assez plates» comme je le mentionne souvent à mes confrères) et d’effectuer un bourrage de crâne sans merci. Il est vrai que nous effectuons quelquefois des laboratoires afin de nous assurer que le tout balance (toute une constatation dans notre domaine !!!).  Le modèle transdisciplinaire n’a donc pas été mis en branle au premier cycle pour répondre aux besoins des apprenants d’aujourd’hui car il n’a pas été attentif, n’a pas été une source de développement adéquat et n’est pas toujours en lien avec les réalités et les communautés d’affaires. Ce sont encore des langages très différents (Prenski, 2001).

La technologie devrait permettre un accès de plus en plus grand à la connaissance en augmentant les diverses ressources mises à la disposition des apprenants et apprenantes. Cet apprentissage n’est plus lié au temps (horaire précis) et à l’espace (en classe ou autres).
L’implantation de cours hybrides n’a pas eu l’effet total escompté selon moi. J’utilise encore la manière conventionnelle des PowerPoint que j’enregistre à l’avance au lieu de me pointer en classe. Quelle trouvaille avons-nous eue ? Il n’y a plus d’interaction, pratiquement plus de questions, je ne m’aperçois plus que les étudiants sont sur Facebook, Twitter ou autres. La belle vie quoi ? J’ironise devant cette situation.

Le défi sera de comment adapter les connaissances et la technologie aux besoins de chacun et de s’assurer que cela pourra avoir une répercussion positive principalement sur les acteurs de demain.

Nous formons encore des humains malgré tout et nous ne voulons pas en faire des robots.


Ananiadou, K., & Claro, M. (2009). 21st Century skills and competences for New Millennium learners in OECD Countries. OECD Education Working Papers, 41, OECD Publishing.

Dyke, N et Deschenaux, F. (2008). Enquête sur le corps professoral québécois. Faits saillants et questions. Montréal : FQPPU. http://fqppu.org/assets/files/themes/corps_professoral/rapport_ccp_dyke_deschenaux_novembre_2008.pdf

Hetland, L. (2008). Studio thinking : A model of Artistic Mind.  Julian Sefton-Green Edition Creative Learning, London : Creative partnerships.

Pageau, D. et Bujold, J. (2000). Dis-moi ce que tu veux et je te dirai jusqu'où tu iras : les caractéristiques des étudiantes et des étudiants à la rescousse de la compréhension de la persévérance aux études : analyse des données des enquêtes ICOPE : 1er volet : les programmes de baccalauréat. Québec : Université du Québec à Québec, Direction du recensement étudiant et de la recherche institutionnelle. http://www.uquebec.ca/dreri-public/Rapport_detaille_bac.pdf

Prensky, M. (2001). Digital Natives, Digital Immigrants. On the Horizon, 9(5), 1-6. http://www.marcprensky.com/writing/Prensky%20-%20Digital%20Natives,%20Digital%20Immigrants%20-%20Part1.pdf

Pruneau, D., Kerry, J., Langis, J., Léger, M. (2015). Améliorer les programmes canadiens de sciences et technologies au primaire par l’ajout de compétences du 21e siècle. Revue canadienne de l’éducation 38 :3. Société canadienne pour l’étude de l’éducation.


Westera, W. (2001). Competences in education. A  confusion of tongues. Journal of Curriculum Studies, 33, 75-88.

2 commentaires:

  1. Les apprenants du 21e siècle: du défi d'arrimer les dispositifs de formation aux besoins des étudiants

    Nous aussi, à la maitrise en gestion de projet de l'ESG-UQÀM, avons opté pour la médiatisation. Depuis l'Automne 2015, les étudiants en Conception de projet visionnent la théorie du cours via des capsules.

    Partant du principe de la classe inversée (Bergman, 2014), ce dispositif remplace le présentiel et permet plus de temps en classe pour l'étude de cas.

    Si les résultats d'un sondage post-implantation réalisé cet automne confirment l'atteinte de ce but, ceux-ci attestent néanmoins de l'insatisfaction de la majorité des 46 répondants-étudiants (Sicotte et al., 2016).

    Bien que la formule en soi ait plu, ces étudiants déplorent le peu de temps alloué en classe pour éclaircir les notions visionnées. Ils considèrent aussi que des concepts plus complexes (ex. gestion de risques), et dont une compréhension adéquate s'avère essentielle dans leur discipline (Thomas et Mengel, 2008; PMBoK, 2013), devraient leur être enseignés en présentiel.

    Même tendance (Zainuddin et Halali, 2016), la capsule demeure un outil parmi d'autres. Il est donc périlleux, pédagogiquement parlant, de lui accorder un pouvoir absolu.

    Recourir à un environnement numérique, oui, mais en préservant les échanges maitre-élève voire élève-élèves lesquels nourrissent le cycle d'apprentissage en gestion de projet (Berggren et Söderlund, 2008). Ainsi, si le temps en classe manque, pourquoi donc ne pas user du clavardage, du forum, du wiki, etc. (Udechukwu et al., 2011)?

    C'est en ce sens que je valoriserai, au moment d'ajuster le design du cours, les besoins de nos étudiants.

    Par Marie-Claude Petit


    Références

    Berggren, C. et Söderlund, J. (2008) Rethinking Project Management Education : Social Twists and Knowledge Co-production, International Journal of Project Management, 26, 286-296.

    Bergman, J. et Sams, A. (2014) Classe inversée (W. Piette, trad. et adapt.). Repentigny : Les Éditions Reynald Goulet inc. (Ouvrage original publié en 2012, sous le titre Flip your Classroom. Washington, DC : ISTE.

    Project Management Institute (2013) A Guide to the Project Management Body of Knowledge, 5th edition, Pensylvanie : PMI.

    Sicotte, H., Drouin, N. Letendre, R., Petit, M.-C. et Roberge, R. (2016) Multimédiatisation du cours MGP7112 Conception de projet. Diagnostic de l'implantation de capsules vidéo Automne 2015-Hiver 2016, document interne intermédiaire, Montréal : ESG-UQÀM, 57 pages.

    Thomas, J. et Mengel, T. (2008) Preparing Project Managers to Deal with Complexity – Advanced Project Management Education, International Journal of Project Management, 26, 304-315.

    Udechukwu, O., Ashley, M., Chipulu, M. et Maguire, S. (2011) Learning and teaching challenges in project management, International Journal of Project Management, 29, 268-278.

    Zainuddin, Z. et Halali, S.H. (2016) Flipped Classroom Research and Trends from Different Fiels of Study, International Review of Research in Open and Distributed Learning, 17(3), 313-340.

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  2. Ton billet me rappelle le concept très canadien des deux solitudes. Il décrit des apprenants très exigeants, ouverts et curieux à la technologie et des enseignants craintifs et conservateurs, cohabitant sur un même territoire, l’université, sans se voir et se parler, une sorte de conflit intergénérationnel? J’ironise aussi un peu, mais n’est-on pas en train de s'affranchir des discours communs sur la génération internet? comme le souligne Endrizzi (2013). L’utilisation de la technologie est-elle une fin en soi? Je pense que le discours véhiculé par Prensky (2001) doit nous inviter à évaluer la relation enseignant-apprenant et nous guider vers les solutions possibles pour l’améliorer.
    Bien que mon propos paraisse critique, je rejoins ton point sur les compétences recherchées dans le monde de l’emploi comparées aux limites du bourrage de crâne. J’enseigne un cours d’analyse des structures, également basé sur des normes et des approches de calcul coulées dans le béton! En milieu professionnel, mes « étudiants » seront appelés à utiliser des logiciels de calculs pour concevoir des structures, transmettre du savoir, produire de nouvelles connaissances… si je reprends les expressions de Marchand (1998). Doit-on remettre en question le curriculum du cours, ou axer la formation sur le développement des compétences transdisciplinaires en utilisant les TIC? Une combinaison des deux pour rejoindre les exigences des nouveaux apprenants? Je pense que c’est le rôle de l’université de fournir aux enseignants et aux apprenants le cadre structurant nécessaire à l’amélioration des compétences et du rapprochement des deux solitudes.

    Endrizzi, L. 2013. « Université des sciences en ligne (Unisciel) ». In Focus pédagogie #1. < http://www.unisciel.fr/les-etudiants-ne-sont-pas-des-mutants/ >.

    Marchand, L. 1998. « Un changement de paradigme pour un enseignement universitaire moderne ». Distances, vol. 2, no 2, p. 7-25.

    Marchand, L. 2016. Le milieu universitaire québécois: d'hier à demain. En ligne

    Prensky, M. 2001. « Digital Natives, Digital Immigrants ». On the Horizon. Vol. 9, no 5, p. 1-6. < http://www.marcprensky.com/writing/Prensky%20-%20Digital%20Natives,%20Digital%20Immigrants%20-%20Part1.pdf >.

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