L’accès au savoir a évolué à travers le temps, à tout le moins, je
l’espère.
Dans le cadre de la comptabilité, selon Racette (2010), les
apprentissages en comptabilité font face à divers problèmes soit le manque
d’explication, de motivation et de temps ainsi que l’indiscipline, pour nommer que
les principales. L’auteur mentionne également que la quantité importante de
notions à enseigner, jumelée au haut niveau de complexité des thèmes abordés,
fait de la comptabilité une discipline tout aussi difficile à enseigner qu’à
apprendre.
Il est ainsi démontré que ces nombreuses difficultés résultent
principalement de connaissances préalables non assimilées, donc difficile
d’assimiler de la nouvelle matière (Reese, 2007 ; Schwartz, 2006). Relié à
la notion du cognitivisme qui établit une relation avec les connaissances et
les stratégies employées pour assimiler, retenir et réinvestir les
connaissances, il existe donc un problème important à ce niveau. Il est
important que le modèle d’apprentissage soit fondé sur l’appropriation
graduelle, ce qui en théorie est préconisé, mais il semble qu’en pratique, ce
n’est malheureusement pas le cas.
Dans notre champ d’activité, le contenu demeure fondamental, plus
fondamental que la façon de le démontrer. Par ailleurs, un point important qui
me rejoint est un des principes du connectivisme selon Siemens (2005) qui fait
état que la capacité d’en savoir plus est plus critique que ce que l’on sait
actuellement. Cela devrait être propre à tout être humain, quelle que soit son
activité de tous les jours. Mais cet état des choses ne se fait pas
automatiquement.
Pour faire suite à tout cela, il faut se demander que lorsque
l’enseignant présente ses connaissances aux divers apprenants, est-on sûr que
ce sont des connaissances que les apprenants reçoivent ? Ou plutôt des
informations qui deviendront plus tard des connaissances. Par ce fait,
l’enseignant devient davantage celui qui encadre, une personne ressource, celui
qui accompagne les apprenants, dans des activités didactiques où ils sont en
position d’avoir à comprendre, à agir.
Comme le mentionne si bien Siemens (2005), «l’enseignant doit être en
mesure d’identifier ou de reconnaître les habiletés, qu’il espère développer
chez les apprenants tout en mettant en valeur les méthodes et les contextes
appropriés, qui habiliteront les apprenants à développer ces habiletés et à les
mettre en pratique».
Avec l’utilisation des technologies, nous devons avoir une intention
pédagogique comme outils de travail afin de promouvoir l’apprentissage des
apprenants. Je crois beaucoup au principe que le temps passé en salle de cours
devrait servir à clarifier les notions importantes, à appliquer les notions
dans des situations concrètes, à faire des liens entre la théorie et la
pratique, faisant en sorte de faire référence à la «classe inversée». Il ne
faut pas se leurrer, l’accès direct à la connaissance se fait quotidiennement par
les apprenants (Loisier, 2011). Il faut se remettre en question sur nos façons
de faire et la réussite éducative peut être améliorée grâce à la technologie,
mais seulement si les apprenants et les enseignants font en sorte de l’exploiter
à bon escient.
Références :
Loisier, J. (2011). Les nouveaux outils d’apprentissage encouragent-ils réellement la
performance et la réussite des étudiants en FAD ? Repéré au site de la
REFAD :
http://archives.refad.ca/recherche/TIC/TIC_et_reussite_des_etudiants.pdf
Racette, N. (2010). Augmenter la
persévérance et la réussite en formation à distance à l’aide d’un programme
motivationnel. Revue des sciences de
l’éducation, 36(2), 421-443.
Reese, M. S. (2007). What’s so hard about algebra ? A grounded theory study of adult
learners (Thèse de doctorat inédite). Université de San Diego, Californie,
Etats-Unis.
Schwartz, A. E. (2006). Learning Math Takes Attitude,
Perseverance, and Courage. Education
Digest : Essential Readings Condensed for Quick Review, 71(7), 50-54.
Siemens, G. (2005). Connectivism : A learning theory for
the digital age. International journal of
instructional technology ans distance learning, 2(1), 3-10.
Bonjour Pierre,
RépondreEffacerLe lien que tu soulignes entre « le cognitivisme, les connaissances et les stratégies employées pour assimiler, retenir et réinvestir les connaissances », m'interpelle.
Dans ta pratique, observes-tu comment tes étudiants s'organisent aux fins de tes cours? Surtout ceux qui, par le biais de leur ordinateur, leurs applications préférées et Internet, visionnent et consultent la documentation des cours (sur Moodle et autres sites), prennent des notes, collaborent en équipe (Facebook, Google Docs), etc.
Le cas échéant, as-tu remarqué combien ils sont peu nombreux à user de stratégies cognitives pour, par exemple, annoter la documentation numérique en prévision d'activités pédagogiques en classe? Moi, si.
Je peux comprendre leurs convictions écologiques mais combien ce comportement pourrait-il, s'il persiste, leur couter en termes, justement, de qualité d'assimilation, de rétention et de réinvestissement des connaissances (Ertmer et Newby, 2013)?
Récemment, j'ai cherché à favoriser le développement de leurs habiletés cognitives (Tardif, 1997) en contexte numérique d'apprentissage en les orientant vers les Services à la vie étudiante, volet Soutien à l'apprentissage, stratégies d'études, de l'UQÀM.
Quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre qu'aucun atelier n'était offert à ce propos!
À l'heure où Moodle est plus que jamais utilisé par les enseignants (ex. à l'ESG) pour y loger capsules et hyperliens, je croyais vraiment que de telles formations existaient déjà.
Enfin, peut-être que mon appel téléphonique (et ma stupéfaction!) changera la donne à moyen terme… Entre temps, je compte encourager tous mes étudiants à consulter les ressources en ligne du Canal Savoir afin qu'ils ajustent rapidement leurs stratégies cognitives et métacognitives d'apprentissage.
Qu'en est-il pour toi?
Au plaisir de te lire,
Marie-Claude
Références
Canal Savoir. Démystifier les TIC. Capsules-ressources sur des thèmes tel : Ajouter des métadonnées aux documents numériques; Marquer et annoter des documents numériques; Collaborer en réseaux; Classer efficacement des documents numériques; Protéger son identité numérique, etc. En ligne. Consulté le 27 octobre 2016. http://www.canalsavoir.tv/emission/demystifier_les_TIC
Ertmer, P.A. et Newby, T.J. (2013) Behaviorism, Cognitivism, Constructivism : comparing Critical Features from an Instructional Design Perspective. Performance Improvement Quarterly, 26(2), 43-71.
Services à la vie étudiante, Université du Québec à Montréal. En ligne. Consulté le 27 octobre 2016. http://vie-etudiante.uqam.ca
Tardif, J. (1997) La construction des connaissances. Pédagogie collégiale, 11(2), 14-19.
Je me souviens très bien du moment où j’ai commencé à enseigner. La questions suivante me revenait sans cesse en tête : “Pourquoi je suis devant une classe à raconter des choses que les étudiants pourraient lire?”. La réponse finale à cette question est évidemment que ce n’est ni vraiment nécessaire, ni particulièrement efficace, comme vous-même le soulevé dans votre dernier paragraphe en mentionnant la “classe inversée”. Le problème est évidemment de passer de l’idée à la pratique, ce qui n’est vraiment pas simple. Au-delà de la question technologique, on parle vraiment d’un changement de culture, et pas juste pour les enseignants. La classe inversée exige que les étudiants consacrent plus de temps et d’effort en préparation à la classe que ce à quoi ils sont habitués (déjà dans le contexte traditionnel, il peut être difficile de s’assurer que les étudiants fassent les lectures obligatoires (Hatterberg et Steffy, 2013)). Les étudiants peuvent être réticents à se faire sortir de leur zone de confort (et l’exprimer de différentes façons). Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas le faire, mais qu’il vaut mieux y être préparé.
RépondreEffacerHatterberg, Sarah J., et Kody Steffy. 2013. «Increasing Reading Compliance of Undergraduates: An Evaluation of Compliance Methods». Teaching Sociology, vol. 41, no 4, p. 346-352.